« Pas de panique, pas de panique, pas de panique ».
Le refrain lancinant lui occupait la tête depuis près de deux heures.
Deux heures depuis qu’il avait été largué sans trop de douceur sur l’aire d’autoroute par la Fée Débon, comme se surnommait elle-même la folle aux cheveux jaunes. Une espèce de lutin tout en nerfs et en muscles, bavarde incontinente au costume invraisemblable, qui ne se taisait que pour mieux écouter les musiques idiotes que débitait le lecteur antique de son van abracadabrant. Même pas une prise USB !

« Pas de panique, pas de panique, pas de panique ». La voix éraillée de l’improbable Bonnie Banane lui écorchait encore les
oreilles, après avoir envahi son cerveau. Foutue bretonne. A lui faire renier ses origines, lui le finistérien Le Moal, Hartur de son prénom.
Un drôle de prénom ? Non. Une bêtise de l’état civil que ses parents n’avaient pas voulu corriger. « Arthur, avec un H », avait eu tort de préciser son père à l’employée de la mairie. Apparemment une vacataire, pas locale pour un sou, qui n’avait rien compris, et mis le H au début. Un coup à fracasser la vie d’un môme. Pauv’ tâche !
« Pas de panique, pas de panique, pas de panique ». Il était temps de partir, pour arriver avant la fermeture, là où il devait prendre son nouveau boulot. Plus le temps de s’amuser. Il termina son café, paya la note en grommelant un merci à l’accorte serveuse tout de blanc vêtue qui l’attendait à la caisse, referma jusqu’au col la fermeture éclair de son blouson, et poussa la porte vitrée pour revenir sur le parking. En ce jeudi de mars, peu avant le week-end de Pâques, il n’y avait pas foule sur l’aire des Champs d’Amour, au bord de l’A2O, et c’était tant mieux. Hartur n’aimait pas la foule, et pas grand-chose, d’ailleurs. Quant à Champs d’Amour, quel nom idiot ! Allez, plus que quelques kilomètres et il pourrait se poser pour la nuit. Une nuit qu‘il souhaitait plus calme que la précédente, où il n’aurait pas à donner de sa personne. La Fée Débon lui avait réservé quelques
surprises depuis leur départ d’Alméria. Mais c’était la seule façon de voyager gratos, et il fallait bien faire quelques concessions (…)
Téléchargez ci-dessous le texte intégral de BLUFF, première nouvelle du recueil Pas de panique.