PAS-CHA : Pour solde de tous contes

DE L’ART DE POSER LA QUESTION SANS PRESENTER LE PROBLEME…

« …Sa première erreur fut de faire appel à moi. La seconde, de ne pas m’écouter quand je lui ai expliqué. Quant à la troisième, Florimont de Beauregard n’en a pas encore mesuré toutes les conséquences… ».

Mais pourquoi me racontait-il ça, ce sexagénaire portant beau, impeccablement habillé et la chevelure flamboyante, qui venait tout juste de s’asseoir à mon comptoir ?
Avais-je une tête qui lui revenait ? Moi, Achille Zapatta, patron atypique d’un endroit improbable perdu quelque part en Berry.
Etait-ce le nom du hameau où j’avais élu domicile voilà moins de cinq ans, qui provoquait cette déclaration des plus impromptues ?
Il me restait encore quelques verres à essuyer, et quelques bouteilles à ranger derrière le comptoir, quand il est entré, l’air vague, désemparé, mais pas suffisamment perturbé pour gêner la rare clientèle qui s’attardait encore dans la salle. En fait, il n’y avait plus que deux touristes belges, des habitués du lieu depuis l’ouverture, apparemment indifférents à tout, sauf à la carte des desserts. Et, tout au fond, la locataire arrivée la veille de l’une des trois chambres d’hôtes situées au fond du jardin, une brune au physique avenant, peu causante et au regard noir, qui n’avait pas décollé de là depuis le début de la soirée, le nez plongé sur sa tablette dernier cri.
En fait, il m’a suffi de le laisser parler pour tout savoir, ou presque.
« Il voulait que je l’aide à réussir son grand projet. J’ai rechigné, tempêté, fais la gueule, mais rien n’y a fait. C’est moi qu’il voulait, à tout prix. Et il m’a eu. Pour son malheur, celui de beaucoup d’autres, et surtout le mien. Et ce n’est pas fini ».
Avais-je à faire à un illuminé ? Au délire alcoolisé d’un mythomane ? Bien au contraire, hélas.
Je compris rapidement qu’il venait de m’embarquer, par ces simples phrases, sans le savoir, dans sa propre galère.
Je ne retrouverais plus, désormais, la tranquillité chèrement gagnée dont j’avais profité depuis mon retrait de la vie parisienne.
Scénariste à la réputation sulfureuse, ancien prof de psychologie comportementale appliquée, auteur de bouquins bien vendus ailleurs qu’en France, il venait d’entrer dans ma vie, comme envoyé par un mauvais génie.
En ce 2 mai 2019, 500 ans exactement après la mort de Léonard de Vinci, ce qui n’était pas innocent, j’avais comme l’impression que mon passé tumultueux me revenait en pleine figure. Et que bien malgré moi, je venais d’être entrainé dans une aventure presque onirique que je dois impérativement vous conter ici, pour me convaincre qu’elle existe, et pour tenter d’influer sur son échéance.
Car après sa visite, d’autres suivirent, encore plus étranges, perturbantes et tentatrices. Des jolies filles et des mauvais garçons, où l’inverse, selon les jours.
Des manipulateurs et des revenus de tout, des égocentriques et des altruistes, et quelques âmes égarées qui voulurent s’impliquer pour sauver le monde.
Rien de très nouveau, en fait.

Il était une fois… Un scénariste, une diva et un bouffon qui devaient vraiment s’ennuyer pour déclencher tout çà.

A suivre : CHApitre1 : Sur les pavés, l'outrage !

Illustration : Spectacle du cabaret/cirque/music-hall National Palace, à Vierzon.

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